Sept ans après la loi Pacte, le plan d’épargne retraite s’est installé dans le paysage sans devenir le réflexe d’épargne des Français. Dans le même temps, la liste des missions qu’on lui confie ne cesse de s’allonger : financer les PME, la transition, la défense plus récemment, et désormais l’autonomie stratégique européenne. Cette nouvelle ambition pose une question centrale : le PER peut-il orienter davantage l’épargne vers l’économie européenne sans sacrifier le rendement, la diversification et l’adhésion des épargnants ?
Synthèse
Peut-on vraiment tout attendre du même euro épargné ? Préparer la retraite des Français, financer l’innovation, soutenir la transition écologique, réindustrialiser le pays, renforcer la souveraineté européenne… autant d’attentes portées par un même produit d’épargne.
Le cadre est pourtant réuni : besoin économique reconnu, règlementation stabilisée, fiscalité attractive, solutions disponibles. Et pourtant la dynamique reste en deçà des enjeux démographiques.
Le PER a-t-il un problème de produit… ou de récit ?
Sommaire
Le PER, un succès d'encours pour l'épargne retraite qui reste à transformer
Le PER a rempli une partie de son contrat : les encours progressent, les entreprises s’équipent et l’offre s’est simplifiée. Mais le moteur des premières années, les transferts d’anciens contrats, s’essouffle. La collecte repose désormais sur de l’argent neuf, dans un marché à plusieurs vitesses entre acteurs digitaux, réseaux bancassureurs et conseillers en gestion de patrimoine.
Le frein n’est pas seulement fiscal. L’avantage à l’entrée parle surtout aux ménages fortement imposés ou aux TNS, quand les autres atouts du produit (protection du conjoint, transmission, sortie en capital) restent méconnus, tout comme le coût d’un démarrage tardif. Et avec vingt à vingt-cinq ans de retraite devant soi, la phase de décumulation devient un sujet de conception d’offre à part entière.
En matière d’allocation, le mouvement est déjà engagé. L’épargne retraite collective et l’actionnariat salarié financent largement les économies française et européenne. Depuis la loi Industrie verte de 2023, le non-coté gagne également du terrain dans les allocations par défaut des PER, individuels comme collectifs.
Reste toutefois à mesurer l’exposition effective : ces placements passent souvent par des fonds de fonds, qui investissent eux-mêmes dans plusieurs véhicules, ou par des fonds hybrides, autorisés à combiner actifs cotés et non cotés sans nécessairement dépasser le seuil minimal prévu. Cette superposition de supports rend finalement difficile, pour l’épargnant, d’identifier la part de son épargne réellement investie dans le non-coté.
Mathilde des COURTIS, associée iQo
Orienter l'épargne vers l'Europe, à quel prix ?
Le mot souveraineté s’est imposé dans le vocabulaire de la place, mais il ne recouvre pas la même réalité pour tous. Pour certains gestionnaires d’actifs, être compétitif, c’est déjà devenir souverain : une épargne bien rémunérée, confiée à des sélectionneurs européens qui vont chercher le rendement partout où il se trouve, renforce la puissance financière du continent. Pour d’autres, la souveraineté est un curseur, national, européen ou territorial, dont chaque cran a un coût en diversification comme en rendement. Pour d’autres encore la souveraineté c’est la maîtrise d’une chaine de valeur, au-delà de sa territorialité.
Le parallèle avec la vague ESG des années 2021-2023 est dans tous les esprits : des convictions fortes s'étaient alors heurtées à la réalité des performances et de la géopolitique... et une partie des épargnants avait décroché. Même vigilance sur les thématiques à la mode, de la défense à l'intelligence artificielle, dont la visibilité dépasse rarement quelques années quand une épargne retraite se construit sur trente ans.
Mathilde des COURTIS, associée iQo
Le label Finance Europe, lancé en juin 2025, cristallise ces tensions : au moins 70 % des actifs investis dans l’Espace économique européen, une priorité aux actions, cinq ans de détention minimale et pas de garantie en capital. Pour une gestion à dominante européenne, l’exercice est naturel ; pour une gestion internationale, le seuil est une contrainte forte. Côté assureurs, basculer intégralement sous label des contrats volumineux paraît lourd, voire contre-productif. D’où une approche plus graduelle : afficher d’abord la part déjà éligible, puis ouvrir des supports compatibles en gestion libre, pour que chaque épargnant choisisse sa part d’Europe.
Le débat touche aussi les modes de gestion : la gestion active revendique un rôle direct dans le financement des entreprises européennes, quand la gestion indicielle rappelle qu’un indice se construit et peut lui aussi être orienté vers l’Europe. Entre les deux, la gestion pilotée en fonds de fonds, qui combine briques actives et passives au sein d’une même allocation, pourrait bien offrir le meilleur des deux mondes pour l’épargne longue.
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Préparer la retraite des Français, financer l’innovation, soutenir la transition écologique, réindustrialiser le pays, renforcer l’autonomie européenne… autant d’attentes portées par un même produit d’épargne.
Le PER a-t-il un problème de produit… ou de récit ? Nous vous invitons à en débattre au cours d’une rencontre organisée par iQo.
Retraite par capitalisation : convaincre ou contraindre ?
Le cadre, la fiscalité et l’offre existent, et pourtant la capitalisation reste un complément à la marge. À l’approche de la présidentielle de 2027, les positions s’échelonnent sur un large spectre.
- Les plus prudents veulent créer une habitude, épargner tôt et régulièrement, avec un fléchage par défaut de petits montants.
- D'autres plaident pour une part de contrainte : obligation d'équipement des entreprises, affiliation automatique, avantage fiscal réorienté vers la retraite.
- Les plus volontaristes vont jusqu'à vouloir inverser la pyramide, la capitalisation devenant le socle et la répartition un filet de sécurité, avec une objection de taille : toute bascule imposerait à une génération de financer deux systèmes à la fois.
Une hypothèse reste souvent hors du débat : et si le principal frein n’était ni le produit, ni le récit, mais la distribution ?
Former les réseaux, outiller le conseil, porter un discours sur la retraite qui dépasse l’argument fiscal. Les expériences passées le rappellent : rendre un produit obligatoire ne suffit pas à créer l’adhésion.
Sur un point, en revanche, les professionnels se rejoignent : on ne construit pas une épargne de trente ans sur des règles qui changent tous les deux ans. Avant d’ajouter de nouvelles missions à l’épargne retraite, mesurer ce qu’elle finance déjà et garantir la stabilité du cadre seraient déjà deux avancées.
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