Et si le prix du baril de pétrole n’était pas le vrai sujet ? La crise en Iran a remis au premier plan de l’agenda européen notre besoin d’accélérer la transition énergétique. Notre expert Pierre-Louis Brenac apporte son éclairage
Synthèse
Le détroit d’Ormuz constitue l’un des points de passage les plus stratégiques du commerce mondial de l’énergie. Une part significative des exportations de pétrole et de gaz naturel liquéfié transite chaque jour par ce corridor maritime, faisant de sa stabilité un enjeu majeur pour les marchés internationaux. Toute perturbation dans cette zone géopolitique sensible peut entraîner une hausse des prix de l’énergie, accentuer les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et fragiliser la sécurité énergétique de nombreux pays.
Pour les acteurs de l’énergie, de l’industrie et des utilities, la dépendance au détroit d’Ormuz rappelle l’importance de la diversification des sources d’approvisionnement, de la résilience des infrastructures et de l’anticipation des risques géopolitiques.
Contents
Le besoin de repenser notre souveraineté énergétique à long terme
Les récentes tensions géopolitiques dans le détroit d’Ormuz ont une nouvelle fois mis en évidence la sensibilité extrême des marchés de commodités. La fermeture pendant de longues semaines de ce point de passage névralgique a provoqué les traditionnelles oscillations du cours du Brent. Pourtant, pour les acteurs du secteur de l’énergie et des utilities, cette volatilité infra-journalière ne doit pas masquer la réalité des flux physiques et les mutations structurelles de notre système énergétique.
Comme le soulignait récemment, Pierre-Louis Brenac, associé iQo, sur Radio Classique, focaliser l’attention sur les soubresauts du prix du baril est une erreur de diagnostic.
Pour bâtir une stratégie de résilience à long terme et traiter structurellement notre dépendance à l'énergie, les décideurs doivent analyser trois dynamiques sous-jacentes : le mécanisme de transmission de l’inflation, la saisonnalité de la sécurité d’approvisionnement gazier et l’accélération de la destruction de la demande fossile.
Pierre-Louis BRENAC, associé iQo, expert Energie & Utilities
Une dépendance à l'énergie qui se traduit par les prix plutôt que par les volumes
L’analyse des flux physiques démontre que l’Europe, et la France en particulier, dispose d‘une exposition directe limitée aux perturbations physiques du détroit d’Ormuz. La nature de notre dépendance énergétique globale est plus subtile qu’une simple menace de rupture physique :
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Une orientation asiatique des flux
Environ 84 % du pétrole brut transitant par le détroit d'Ormuz est destiné aux marchés asiatiques (Chine, Inde, Japon, Corée du Sud). -
Une exposition directe limitée
Le pétrole transitant par ce détroit représente moins de 4 % des importations françaises de brut. Concernant le gaz naturel liquéfié (GNL), le Qatar sécurise environ 8 % des approvisionnements de l’Union européenne.
Le risque majeur pour l’Europe n’est pas la rupture d'approvisionnement physique (pénurie), mais le choc de prix global par arbitrage de marché. Le pétrole étant une commodité fongible, toute prime de risque géopolitique sur le Brent se répercute instantanément sur les indices de prix européens.
Pierre-Louis BRENAC, associé iQo, expert Energie & Utilities
Ce phénomène alimente une inflation importée majeure, révélant la vulnérabilité de notre économie face à la dépendance aux énergies fossiles.
Les hausses de prix à la pompe (pouvant atteindre +36 % en période de crise aiguë) et une inflation globale de la zone euro maintenue à des niveaux élevés pèsent lourdement sur la compétitivité des industries énergointensives et sur le pouvoir d’achat des ménages à terme.
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Sécurité d'approvisionnement en énergie : la saisonnalité des stocks pour contrer la dépendance au gaz
Pour les utilities européennes, le véritable point de vigilance ne se situe pas en période estivale, mais lors de la phase de préparation hivernale. La réduction de notre dépendance à l’énergie importée, et plus particulièrement au gaz, repose désormais sur notre capacité à reconstituer les stockages souterrains de gaz (SSG) durant le printemps et l’été.
Le précédent de 2022 :
un indicateur de vulnérabilité
À la fin du mois de mars 2022, les stocks de gaz européens s’établissaient à peine à 28 % de leur capacité maximale, contre 33,5 % l’année précédente.
Cette situation avait tendu à l’extrême les marchés de gros (notamment le TTF hollandais), illustrant la fragilité d’un système en forte dépendance d’approvisionnements extérieurs.
L'horizon
2026-2027
Si des tensions persistantes au Moyen-Orient venaient à perturber les livraisons de GNL qatari durant l’été, c’est la trajectoire de remplissage des stocks pour l’hiver suivant, voire pour l’horizon 2026-2027, qui serait compromise.
Dans ce contexte de tension sur le GNL, les partenaires historiques de l’Europe jouent un rôle d’amortisseur pour atténuer cette dépendance énergétique.
La Norvège, via son opérateur national Equinor et le réseau Gassco, propose d’accélérer et d’optimiser ses capacités de production de gaz par pipeline pour compenser les éventuels déficits de GNL et stabiliser le marché européen.
Sortir de la dépendance aux énergies fossiles : L'accélération de l'électrification et la destruction de la demande
Chaque pic de prix des énergies fossiles agit comme un catalyseur économique, accélérant un phénomène bien connu des énergéticiens : la destruction de la demande. C’est le levier le plus rapide pour réduire notre dépendance à l’énergie importée.
Lorsque les prix des carburants et du gaz demeurent structurellement élevés, les comportements de consommation s’ajustent rapidement. En France, la consommation de carburant routier a enregistré une baisse significative de l’ordre de 12 % au mois de mai, sous l’effet conjugué des prix élevés et des incitations à la sobriété.
Cette destruction de la demande s’accompagne d’une transition structurelle vers l’électrification des usages, clé de voûte de l’indépendance énergétique. Sur ce plan, la France dispose d’un avantage compétitif majeur :
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Un mix électrique décarboné et souverain
Grâce à la disponibilité retrouvée du parc nucléaire historique et à la montée en puissance des énergies renouvelables (éolien et solaire photovoltaïque), l'intensité carbone de l'électricité française reste parmi les plus faibles d'Europe. -
Une décorrélation progressive des marchés fossiles
Plus le mix énergétique national s'électrifie (pompes à chaleur, véhicules électriques, décarbonation des procédés industriels), plus l'économie nationale s'affranchit de sa dépendance aux énergies fossiles et se décorrèle des fluctuations géopolitiques du bassin du Moyen-Orient.
Réduire la dépendance à l'énergie, le nouveau mandat stratégique des Utilities
Face aux soubresauts du détroit d’Ormuz, la stratégie des acteurs de l’énergie ne doit pas céder à la panique des marchés financiers. Pour traiter à la racine la dépendance énergétique européenne, deux priorités opérationnelles et stratégiques doivent concentrer les investissements des utilities :
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La sécurisation et l'optimisation des infrastructures de stockage
Maximiser les taux de remplissage dès que les conditions de marché le permettent, en diversifiant les sources d'approvisionnement (notamment via le corridor de gaz norvégien) pour atténuer la dépendance au GNL de transit. -
L'accélération des projets d'électrification des usages
Déployer massivement les technologies bas-carbone et les réseaux intelligents pour réduire définitivement la dépendance aux importations de molécules fossiles, convertissant ainsi une vulnérabilité géopolitique en opportunité de réindustrialisation verte.
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Questions fréquentes
Quels risques un blocage du détroit d’Ormuz ferait-il peser sur les marchés de l’énergie ?
L’interruption du trafic a réduit l’offre disponible sur les marchés internationaux, puis mécaniquement :
- provoque une hausse des prix du pétrole et du gaz,
- accroît la volatilité des marchés
- renforce les tensions sur les chaînes logistiques mondiales.
Quels risques un blocage du détroit d’Ormuz ferait-il peser sur les marchés de l’énergie ?
L’interruption du trafic a réduit l’offre disponible sur les marchés internationaux, puis mécaniquement :
- provoque une hausse des prix du pétrole et du gaz,
- accroît la volatilité des marchés
- renforce les tensions sur les chaînes logistiques mondiales.
L’Europe dépend-elle du détroit d’Ormuz pour son énergie ?
Même si l’Europe a diversifié ses sources d’approvisionnement ces dernières années, elle reste exposée aux fluctuations des marchés mondiaux de l’énergie. Une crise dans le détroit d’Ormuz pourrait donc avoir des répercussions sur les prix et la sécurité énergétique du continent.
Les tensions autour du détroit d’Ormuz rappellent la vulnérabilité des économies dépendantes des énergies fossiles. Elles renforcent l’intérêt des stratégies de diversification énergétique, du développement des énergies renouvelables et de la souveraineté énergétique des États.
Comment les entreprises peuvent-elles réduire leur exposition aux risques géopolitiques liés à l’énergie ?

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